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La photographie

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La photographie est au cœur de la démarche de sensibilisation du grand public, pourtant, à l’heure de l’information interactive "à la carte", il est de plus en plus difficile de toucher le public le plus hermétique à la cause environnementale.

Face à Face du 8 décembre 2007

Cyril Ruoso, Photographe
Hou Yimin, Journaliste, Chine Nouvelle, République Populaire de Chine

Moderateur :
Cyril Drouhet, Rédacteur en Chef Figaro Magazine


La photographie : dernier témoignage de l’état de notre planète ?

Olivier Grunwald, photographe passionné de volcanologie, ouvre le débat en plaçant la photographie au cœur de la démarche de sensibilisation du grand public.

Parmi les exemples où la photographie a été à l’origine d’une initiative concrète en matière de préservation de l’environnement, on peut citer la création du parc de Yellowstone qui a eu lieu suite à l’émotion déclenchée par les reportages photos qui y ont été réalisés. Si les médias présentent souvent les questions environnementales sous l’angle du catastrophisme, l’approche inverse consistant à montrer la beauté génère tout autant l’adhésion. Selon le cas, une approche inspirant l’émerveillement ou jouant la provocation sera plus adaptée.

Pour Hou Yimin la passion vient du mystère. Le panda, sujet de ses photographies, est un animal méconnu du public malgré la grande sympathie qu’il suscite. Son aspect tendre cache une grande férocité et tandis que la plupart des gens l’imaginent mangeur exclusif de bambou, beaucoup ignorent que la viande reste son aliment principal. A la fois populaire et secret, le panda est difficile à photographier car il vit seul et dans des zones difficiles d’accès, à l’abri des regards.

Cyril Ruosso, reporter nature et environnement et co-auteur du livre « Etre singe », se rappelle quant à lui avoir toujours été fasciné par la nature, ses couleurs, ses formes. A seize ans, il découvre la photographie, mais c’est plus tard, lors d’un voyage à Bornéo, qu’il a l’idée de montrer la beauté de la nature pour convaincre de la nécessité de la protéger. Dans un centre de réhabilitation pour les animaux victimes de la contrebande, il tisse lentement avec les orangs-outangs des relations privilégiées. En prenant la pleine mesure de la parenté fascinante entre l’homme et le singe, il décide de poursuivre son travail avec d’autres primates. C’est ainsi qu’il apprend les menaces qui pèsent sur eux et qu’il comprend l’intérêt d’un témoignage photographique.

Pourtant, pour faire passer un message par la photo et obtenir une publication, de beaux clichés ne suffisent pas. Olivier Grunwald, pour débuter, a fait don de ses photos sur la pêche à la baleine en Islande à l’ONG Greenpeace. Mais lorsqu’il s’agit d’un journal, le parcours du combattant qui attend le photographe avant d’être publié a de quoi en décourager plus d’un. L’engouement du public pour la photo nature n’était tout simplement pas au rendez-vous, se souvient-il, au début de sa carrière. Les reportages plus choquants sur la pêche à la tortue marine, le braconnage en Guyane, recevaient un meilleur accueil. En publiant de tels reportages, on est en droit de s’étonner du manque de réaction politique face à ces images insoutenables. On parlait hier d’extinctions d’espèces mais ce sont aujourd’hui des écosystèmes entiers qui disparaissent : la photo en sera-t-elle un jour le seul vestige, exposé dans des musée comme l’image d’un monde perdu ?

Les aspects techniques du métier de photographe animalier sont assez comparables à ceux de la photographie classique, précise Cyril Ruosso. Cependant, pour trouver preneur, le photographe doit s’efforcer de rendre la photo séduisante, « sexy » pour l’éditeur. Dans ce sens, les grands singes bénéficient d’une sympathie qui rend la tâche plus facile. En revanche, lorsqu’il s’agit de faire publier un reportage sur les hirondelles, les réticences sont beaucoup plus fortes. Il s’agit pourtant d’un vrai problème de biodiversité : il y a de moins en moins d’hirondelles en France. Les pesticides et la destruction des habitats de cette espèce sont en cause. L’hirondelle partageait jadis les habitations de l’homme qui lui servaient d’abris, mais aujourd’hui, les bâtiments sont plus aseptisés et les hirondelles n’y sont plus les bienvenues. La migration septentrionale des hirondelles se concentre sur certains sites d’hivernage en Afrique où elles deviennent des proies abondantes et faciles pour la population humaine locale. 10 % des effectifs sont ainsi chassés chaque année. En traversant le Sahara sur le chemin du retour, elles rencontrent une zone désertique qui s’étend chaque année sous le jeu des modifications climatiques, rendant l’effort encore plus difficile et causant des pertes de plus en plus nombreuses. Le déclin de cette espèce est à la croisée de multiples problématiques environnementales actuelles. Pourtant, aux yeux des éditeurs, ce type d’histoires ne relève pas de l’intérêt du grand public, mais plutôt de celui de quelques doux rêveurs contemplatifs, de rares «adolescents attardés», selon les termes d’Olivier Grunwald, dont le journaliste nature fait partie !

Cela s’explique en partie parce que les magazines français recherchent prioritairement des histoires-chocs. Même au sein d’une série de photos, seules les plus spectaculaires sont retenues. Quel que soit le texte qui accompagne, c’est l’image qui est le premier critère de sélection, pas le message qui s’y rapporte. C’est l’expérience qu’a vécue Olivier Grunwald lorsque, soumettant à publication une série de vues de requins blancs illustrant toute la biologie de l’espèce, seule une photo terrifiante de l’animal saisissant une proie a été retenue.

Au Royaume Uni, le lectorat est plus friand de belles images et l’édition plus encline à acheter des reportages animaliers complets. En France, à l’inverse, certains magazines ont tout simplement décidé de ne plus publier de sujets animaliers tandis que d’autres poussent la superficialité jusqu’à sélectionner les photos sur leur dominante de ton. Ainsi, Olivier Grunwald a vu une de ses photos publiées parce qu’elle permettait d’« ajouter du rouge » dans un magazine !

La question du tête-à-tête est tout aussi grinçante que pertinente. La photographie de nature pourrait bien devenir un jour la seule empreinte que laisseront certains écosystèmes dans la mémoire collective. Avant d’en arriver là, le photographe de nature a le devoir, la mission d’exercer son talent pour montrer le beau, mais aussi montrer les blessures que l’homme inflige quotidiennement à la planète. Le nombre croissant de sujets concernant les questions environnementales dans les médias est certes en constante progression. Mais le volume global de contenu médiatique auquel est exposé le consommateur suit, lui aussi, une courbe ascendante. Dans ce flot d’informations et d’images, la photographie de nature occupe-t-elle une place réellement significative ? Parvient-elle encore à sensibiliser le grand public ?

A l’heure de l’information interactive « à la carte », il est de plus en plus difficile de toucher le public le plus hermétique à la cause environnementale. Les efforts (ou compromis ?) du photographe qui cède parfois au cliché pour séduire les éditeurs récalcitrants sont sans doute le prix à payer pour s’assurer de toucher le plus grand nombre. Toute la difficulté demeure dans l’art de conjuguer médiagénie et fidélité à la réalité. Même si cette tâche peut s’avérer frustrante, elle a le mérite pour celui qui s’y attelle de l’empêcher de baisser les bras : comme le dit Hubert Reeves « l’action rend optimiste ».

21 juillet 2008

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