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Alternatives pour les stations de montagnes

Quelles alternatives ont été engagées, par les stations de montagnes françaises, en matière de développement durable et protection de la biodiversité afin de réagir face à ce changement climatique ?

Face à face du 7 décembre 2007

Eric de Kermel, Président du Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Savoie
Guy Vaxelaire, Maire de La Bresse, Conseiller Général

Modérateur :
Laurent Burget, Responsable Pôle Recherche Environnement, Mountain Riders


Changement climatique, biodiversité et développement durable :
quelles alternatives pour les stations de montagnes ?

En 2006, le film « une vérité qui dérange », projeté en avant-première au Festival de Cannes et traitant du réchauffement climatique, a permis à Al Gore, ex-vice président des Etats-Unis d’Amérique, de se voir décerner le prix Nobel de la paix en 2007. Ce documentaire a non seulement prouvé et démontré les risques encourus par le réchauffement climatique en cours d’évolution, mais a aussi provoqué de multiples prises de consciences de tous les acteurs de notre société.

Quelles alternatives ont été engagées, par les stations de montagnes françaises, en matière de développement durable et protection de la biodiversité afin de réagir face à ce changement climatique ?

Dans l’objectif de répondre à cette question, Laurent Burget, Responsable du pôle Recherche Environnement de la société Mountain Riders et modérateur, invite Monsieur Guy Vaxelaire, Maire de la Bresse et Conseiller Général, à présenter la « Charte Nationale en faveur du Développement Durable dans les Stations de Montagnes ». Ce document est le fruit d’un travail de douze mois mené en partenariat avec l’Agence de développement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), la société Mountain Riders et un collège des maires des villages de montagnes. Publiée en novembre 2007, cette Charte a pour objectif de réagir face au dérèglement climatique. Publiée sous la forme de 8 chapitres comprenant un total de 130 actions, elle a pour vocation d’inciter les communes adhérentes à modifier les comportements individuels et collectifs. Elle se réfère entre autres aux énergies renouvelables, à l’économie d'énergie, aux transports, au tri sélectif, à l’eau, aux constructions HQE, aux remontées mécaniques, au bilan carbone ou encore la biodiversité et la création de corridors verts.

Cette Chartre organise également la mutation économique, sociale et environnementale des touristes dans un meilleur respect du cadre naturel. Elle tente certainement de répondre à l’hypothèse de la disparition de nombreux espaces skiables, situés en dessous de 1800 mètres, au cours des prochaines décennies. Ainsi, rendre durable les activités de ces communes, en agissant différemment, éviterait d’importantes ruptures économiques et un exode rural massif. En fait, il s’agit de réfléchir sur les nouveaux modes de vie compatibles et envisageables en zone urbaine et rurale de montagne, tout en contribuant à véhiculer une image et un attrait touristiques de haute qualité de ces régions.

Le réchauffement climatique altère également la biodiversité des régions montagneuses françaises. Monsieur Éric de Kermel, Président du Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Savoie, est inquiété par la disparition progressive de territoires sur lesquels une biodiversité était préservée. Aujourd’hui, les travaux d’Éric de Kermel prouvent que sur les 2600 territoires recensés 100 ont disparu et 500 sont menacés. Cependant, et selon ses propos, le réchauffement climatique ne serait pas la seule cause de disparition d’espèces animales et végétales. En effet, il soulève la responsabilité des activités humaines. Ces dernières seraient responsables de la disparition et la destruction d’espaces vitales protégeant la faune et la flore et notamment à cause de l’intensité des activités sportives de montagne, l’augmentation et la dispersion de l’habitat et les pratiques agricoles. Dès lors, il reste très prudent vis-à-vis de la publication de la Charte susvisée. Ses retours d’expériences prouvent que de nombreuses démarches vertueuses en matière de développement durable sont restées vaines. Ces échecs seraient essentiellement liés à des conflits d’intérêts divergents à consonance financière. Néanmoins, Éric de Kermel affirme que le Grenelle de l’Environnement a provoqué d’une prise de conscience générale et un début de modification des comportements humains. Ce constat serait la preuve d’une réelle volonté de l’homme à lutter contre le réchauffement climatique et sauvegarder non seulement la biodiversité mais également la planète. De plus, de nombreuses initiatives et innovations sont encourageantes dans la mesure où la réflexion est collégiale, autrement dit sous la forme d’une gouvernance.

S’agissant des actions à mener pour la protection de la biodiversité et la durabilité des stations de montagnes, Guy Vaxelaire, Éric de Kermel et Laurent Burget sont confiants. Des démarches sont déjà entreprises au sein des collectivités locales de montagne comme la réalisation du bilan carbone de la commune de Saint-Martin de Belleville en 2007. La préservation de la biodiversité est aussi prise en compte lors de modifications apportées sur le Plan local d’urbanisme (PLU). Dès lors, ces décisions encourageantes permettraient de conserver un niveau souhaitable de préservation des jachères, contribuant ainsi à créer des corridors verts destinés à restaurer le déplacement des espèces, tout en limitant l’utilisation des pesticides par les agriculteurs. Ce schéma de coordination entre élus, naturalistes et agriculteurs est le résultat espéré par Éric de Kermel.

Aujourd’hui, les élus locaux ont pris la pleine mesure des impacts du réchauffement climatique sur leur commune. Ils entreprennent des efforts en matière d’éducation et de formation. Des mouvements collectifs et des associations tentent de changer de nombreuses fonctionnalités qui ne seront plus acceptables dans un avenir proche afin de sauvegarder et préserver leur environnement régional.

Les adhésions à la « Charte Nationale en faveur du Développement Durable dans les Stations de Montagnes » sont les preuves concrètes d’une prise de conscience collective. Laurent Burget souligne que 32 communes sont prêtes à s’y engager sur les 105 inscrites. L’enjeu économique de demain se situerait dans la réhabilitation des communes de montagnes. Leur engagement a pour objectif de réfléchir et développement les actions qui leur permettraient d’offrir de nouvelles activités touristiques locales telle que le « tourisme vert ».

Des recherches de solutions sont en cours. Les intervenants sont confiants quant à l’avenir et quelque soit la créativité et les motivations de chacun.


Mise en perspective

Ce débat du développement durable commence certes par le financement de structures respectant l'environnement, mais surtout par l'entretien de celle-ci ainsi que la responsabilisation des touristes. Malheureusement, ce dernier point ne s'effectue pas seulement sur le lieu de villégiature. Il s’agit entre autres de faire adopter au citadin évoluant dans un environnement de plus en plus éloigné de l'espace naturel, un comportement responsable.

En effet, le souci de la préservation de ces espaces ne semble plus le concerner directement. Son rapport à la nature devient quasi-inexistant. Dès lors, le citadin devenu touriste ne possèderait plus toutes les règles de bonne conduite sur ses lieux de villégiature. Les constats sont flagrants lorsque par exemple, les élus locaux et les associations de villages de montagne n’hésitent plus à rendre public le nombre de tonnes de déchets récupérés sur les pistes de skis après la période hivernale. Par conséquent, le financement de cette préservation devrait s'effectuer autant au niveau de l'éducation des touristes que par la sanction du non respect des règles relatives à la protection de l'environnement. Une police municipale dédiée permettrait-elle d’assurer une vigilance fiable pour la préservation des espaces touristiques ? En 2007, le Modem, Parti politique français dirigé François Bayrou, avait proposé la création d’une « brigade verte » non pas en région montagneuse mais dans le XVeme arrondissement de Paris.

Ensuite, la plupart des infrastructures de montagnes ont été construites dans les années 60-70 où le souci de l'environnement n'était pas une priorité dans une société dite de consommation. L’urgence résidant dans la réponse à la demande touristique. Des investissements colossaux ont été réalisés : canons à neige, équipements de remontée, hôtels et résidences.

Ces infrastructures ainsi que la gestion de l'eau, de l'électricité, du chauffage et des ordures pendant la période touristique intense ne sont pas des points abordés lors de la construction de ces établissements touristiques. Par contre, lors de leur rénovation, ces problématiques sont au centre des priorités remettant en cause toute l'organisation de ces établissements. Or, ceci a un coût et nécessite des financements appropriés. Est-ce le début d'une nouvelle méthode de financement éthique, ou une possibilité d'investir avec un retour sur rentabilité quasi automatique ? La modernisation peut-être certes plus qu'une contrainte économique mais reste avant tout un enjeu marketing et commercial pour conserver la clientèle. Les petites communes de montagnes sont pauvres sans les retombées touristiques et l’abondance de taxe professionnelle. Afin de maintenir un niveau touristique optimal en station de montagne, malgré le recul et la régression des espaces enneigés dus au réchauffement climatique, il est urgent de réviser le business model des régions de villégiatures en montagne.

Investir dans la formation de la clientèle a pour effet de la sensibiliser à une augmentation des tarifs, et notamment la taxe de séjour, dus à une mise en conformité avec les réglementations relatives au développement durable. Or, les touristes sont-ils prêts à plus dépenser pour être harmonie avec l’environnement ? Des obstacles s’opposent à cette démarche. Tout d’abord, le coût élevé du carburant est en mesure de limiter les déplacements de la clientèle. Ensuite, la réduction des séjours de vacances et l’augmentation du coût de la vie incitent de nombreuses familles à voyager dans un périmètre régional réduit. Enfin, l’utilisation des moyens de transport aériens et ferroviaires permet certes de traverser des territoires rapidement mais demeurent inadaptés aux stations de montagne.

La synergie se situerait-elle à la conjonction entre l’éco-tourisme, l’éco-responsabilité et la préservation de la biodiversité ? Si tel est le cas, toute la dimension du concept du développement durable trouverait ici un niveau d’équilibre économique, social, environnemental et culturel de haute qualité. La solution se situe peut-être dans la régénérescence de la montagne. Pour cela, les orientations à suivre pourraient être les suivantes :

* La création de métiers « amonts » qui, sur deux ou trois générations, devront nettoyer, repeupler et protéger les sites.
* La création de nouveaux centres d’intérêts hivernaux, par exemple le ski « sous bulle », la promenade-découverte de la biodiversité hivernale en montagne, le bivouac hivernal.
* La création de nouveaux centres d’intérêts d’été, par exemple le ski « sous bulle », la promenade-découverte avec les moyens de locomotion écologique, le bivouac estival, le tourisme à la ferme en altitude.


Ces propositions permettraient de maintenir des paysages, des villages et des stations de moyenne altitude attractifs, malgré le réchauffement climatique et par conséquent durant des hivers sans neige. De plus, une certaine biodiversité retrouverait sa place au cœur de sites voués au tourisme. Depuis le mois de janvier 2007, le Ministère du Développement Durable a instauré des groupes de travail placés sous la direction du comité permanent des hauts fonctionnaires du développement durable (HFDD), pour développer un plan d’actions intitulé « biodiversité – tourisme ».

21 juillet 2008

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