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Les nouvelles solutions d’une économie de la contribution

Ateliers de la Terre : plénière du 19 Nov 2010


Les nouvelles solutions d’une économie de la contribution


L’économie, c’est l’οικονομία, l’administration de la maison. Elle est souvent résumée à la bonne gestion de la maison ; mais les critères de cette bonne gestion sont eux-mêmes remis en question au fur et à mesure de l’intégration des principes du développement durable à l’activité économique. Nous sommes désormais amenés à réfléchir aux invités qui participent à la vie de la demeure commune et à la richesse de leurs apports.

Quels seront les nouveaux invités qui entreront dans cette maison devenue plus inclusive et, in fine, mieux gérée ? Quels sont les principes qui guident les hôtes ? Comment, ensemble, pourront-ils innover et trouver de nouveaux moyens de développer – durablement – la vie de la maison ?

Au centre de ces questionnements se trouve l’éthique, qui nous renvoie aux habitudes, aux comportements, ainsi qu’aux lieux de vie. Les changements accélérés et les urgences de notre époque imposent d’adopter des comportements justes et de les mettre en œuvre dans la vie économique. Nous pouvons discerner trois attitudes, trois piliers principaux structurant cette nouvelle éthique.

En premier lieu, nous devons être plus attentifs à la voix de la société civile et nous devons aider cette dernière à prendre sa place. Elle est particulièrement pertinente à l’échelon local par le savoir qu’elle apporte. Elle est souvent structurée en communautés de personnes, en associations : ces acteurs et leurs discours doivent être intégrés à la vie économique, au débat politique et à la vie des entreprises. Et de nombreux exemples nous montrent qu’elle sait se structurer au plan international et qu’elle influence aujourd’hui la gouvernance politique mondiale.

Ensuite, cette maison doit être un lieu d’accueil ouvert, inclusif et chaleureux. Le respect de l’altérité est fondamental : il est au cœur de l’éthique humaniste nouvelle.

Enfin, l’innovation sociale doit recueillir toute notre attention : elle élabore, ébauche, découvre de nouveaux modèles d’entreprises et d’organisations qui sont autant de pistes et de potentiels leviers de progrès, de développement et de performance.
Éthique de l’innovation
L’innovation et ses deux faces

Innover, c’est créer de nouveaux processus de pensée et de nouvelles modalités d’interaction et d’organisation, c’est proposer un point de vue inédit pour appréhender le monde, c’est révéler les possibilités de changement et d’adaptation. L’innovation est souvent associée à la nouveauté d’une manière positive. Ainsi, elle a accompagné les grandes découvertes et les grands mouvements technologiques de l’humanité.

Mais l’innovation est également un processus absolument nécessaire en situation de crise, de catastrophe, lorsque l’homme est confronté à ce qu’il n’avait pas prévu, conceptualisé ou envisagé. L’innovation est pour l’homme un facteur essentiel de résilience, c’est-à-dire d’adaptation à son environnement. Elle a permis la survie face aux bouleversements passés ; aujourd’hui, nous devons innover pour répondre aux défis considérables du changement climatique, des crises alimentaires, de la pauvreté et de la conservation de la biodiversité. Ces phénomènes conjoints exercent une très grande pression sur l’environnement et l’équilibre social.

Humanisme de l’innovation

C’est face à cette urgence que l’éthique de l’innovation doit humaniste : aujourd’hui, l’humanisme est le fondement de l’innovation. Celle-ci doit être en lien étroit avec l’humain et prendre en compte son intelligence, sa dignité et sa liberté. C’est ce que rappelle Eva Joly : « Un monde durable ne peut l’être qu’à condition d’être humaniste et éthique. » Il convient de cerner précisément ce que nous entendons par « éthique », d’autant plus que les occurrences de ce mot sont très fréquentes dans les discours actuels.

L’éthique décrit la pertinence et la justesse des comportements humains, examinés en relation avec les autres hommes et dans un contexte social et environnemental. Cette pertinence et cette justesse peuvent être appréciées à trois échelles :

-    Par l’individu lui-même, en fonction de ses intérêts, de ses propres références et des exigences qu’il accepte de s’imposer ;

-    À l’échelle d’un cadre particulier, rattaché à une communauté d’individus partageant un intérêt ou un destin : ce cadre peut être celui de la famille, de l’entreprise, de la communauté, du village, de la nation.

-    De manière universelle : l’éthique recouvre alors des notions fondamentales et communes à l’humanité, comme le droit à la vie, le droit à l’éducation, le juste partage des ressources, etc.
Nouveaux venus
Le développement durable nous impose de tenir compte de « nouveaux venus » dans le cadre de référence de notre éthique et dans la maison commune que nous gérons et développons. Il s’agit de la planète, de ses éléments et des ressources naturelles d’une part ; et des machines apportées par les révolutions industrielles et techniques d’autre part.
S’agissant de la planète, l’homme doit garder à l’esprit qu’il ne dispose pas d’un droit exclusif ou d’une propriété sur elle ; il convient d’adopter une éthique de gardien bienveillant envers la Terre et ses ressources.
Quant aux machines, outils récents d’une transformation économique et sociale profonde et parfois radicale, elles sont issues de la pensée humaine : à ce titre, elles prennent part au cadre de  l’éthique de l’innovation.

Cette éthique dépasse les frontières anciennes des nations et s’adresse à tous les acteurs sociaux. Ganesh Devy rappelle l’impératif éthique énoncé par Gandhi, d’une grande simplicité : pour chaque action que nous entreprenons, il convient de s’interroger sur les impacts qu’elle peut entraîner sur les plus pauvres et les plus vulnérables. C’est à cette aune que nous pouvons juger de leur pertinence et que nous devons réévaluer les notions d’appropriation – en particulier des ressources naturelles. Nous devons également, dans une démarche éthique, respecter l’altérité qui est un facteur de développement.
L’importance de la société civile
L’entreprise et les associations, qui sont des communautés humaines, peuvent tisser des liens sur le fondement d’une éthique partagée, là où les nations montrent des faiblesses et ne parviennent plus à rassembler. A ce titre, la transmission et l’échange des informations sont fondamentaux. Les exemples de collaboration entre de grands groupes et des structures locales en Afrique le montrent : la connaissance et le travail de terrain sont primordiaux.
La société civile joue le rôle d’un relais local qui permet d’adapter les actions des entreprises et de répondre au mieux aux besoins des populations. Si elle est peu développée, le travail est beaucoup plus difficile. L’innovation demande alors de pouvoir favoriser l’émergence de la société civile.
Cependant, ce manque de développement n’est pas l’apanage des pays en voie de développement ; nous y sommes également confrontés dans les sociétés occidentales dans lesquelles des groupes ou des communautés sont exclus ou marginalisés. L’innovation sociale, qui passe par des structures de médiation entre ces communautés et les acteurs de la vie économique, est ici également primordiale. Elle permet de déceler les opportunités cachées par les situations difficiles ; et par cette émergence, elle contribue à la résolution des problèmes sociaux.
D’ailleurs, la vitalité de l’innovation parmi les groupes défavorisés, exclus ou marginalisés est une constante historique au sein des civilisations : elle renvoie à l’innovation comme moyen de résilience et d’adaptation aux bouleversements. Ce que nous voyons parfois comme de la « débrouille » est un processus d’adaptation ; et tous les acteurs sociaux et économiques bénéficieraient de s’en inspirer.
Enfin, l’implication de la société civile passe naturellement par une institution qui cimente les communautés humaines : l’école. Dans le contexte éducatif, l’éthique impose de veiller à assurer une juste représentation de la diversité. En particulier, l’accès des filles à l’éducation reste un levier fondamental pour lequel nous devons encore œuvrer.
Munis d’une éthique nouvelle et tissant des liens entre eux, tous les individus dans leur pleine complexité et toutes les structures sociales dans leur pleine diversité peuvent ainsi contribuer à une nouvelle économie – à une nouvelle gestion de la maison et du bien communs.

 

19 novembre 2010

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