accueil / Publications - Ressources / Rapports des Ateliers / la liste
La conférence de Copenhague avait laissé fin 2009 un sentiment d’inachevé, accouchant d’un texte ne faisant que reconnaître l’objectif de limitation du réchauffement climatique à +2°C, sans engagement contraignant pour les différents pays. La conférence de Cancun fin 2010 n’a pas permis progresser sensiblement sur la question de ces engagements. Malgré un volontarisme exemplaire et la position de leader dans la lutte contre le changement climatique de l’Union Européenne, la maigre coordination des nations européennes dans la négociation n’a pas suffi à convaincre les autres pays. Unique secteur déficitaire net en quotas durant la première phase du marché des quotas CO2 (EU ETS) le secteur de la production d’électricité est également un des plus contraints entre 2008 et 2012. En outre, moins exposé à la concurrence internationale, le secteur électrique a été souvent désigné pour porter les efforts de réduction d’émissions.
La Commission Européenne est sur le point d’adopter les principes clés de la phase III du système européen d’échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre, modifiant la directive 2003/87 CE actuellement en vigueur, afin d'améliorer et d'étendre le système communautaire d'échange de quotas. A cela s’ajoute, la perspective de réviser l’objectif européen de réduction d’émissions d’ici à 2020 de -20 % à -30 %, si des engagements équivalents d’autres pays développés émergent. La Commission Européenne devra finaliser les règles de fonctionnement de la phase III avant la fin de l’année 2011, en jeu notamment la mise en place du dispositif des quotas mis aux enchères et la quantité et modalités de distribution des quotas alloués gratuitement aux secteurs exposés à des fuites de carbone.
Dès 2013, plus d’un milliard de quotas par an devraient être mis aux enchères (contre moins de 150 millions en phase II 2008-2012). Principales évolutions organisationnelles par rapport à la phase II, les règles d’allocation et le plafond de quotas seront fixés au niveau communautaire ; tandis que l’allocation se fonde dorénavant sur le produit d’un benchmark des performances et des données d’activité, jugée plus incitative et plus juste par rapport à la simple réduction des émissions historiques.
Le secteur de la production d’électricité ne recevra pas de quotas gratuits pour éviter tout effet d’aubaine, mais achètera aux enchères 100 % de ses quotas. A titre de comparaison, les installations industrielles exposées à la concurrence internationale devront en acheter 20 % en 2013 (100 % en 2027) et l’aviation, récemment intégrée, au moins 15 % dans un premier temps. Pour éviter la distorsion de concurrence notamment entre production d’énergie sur site et hors site, les cogénérations hautes efficacité et les réseaux de chauffage pourront recevoir des quotas gratuits uniquement sur la partie chaleur produite (lorsque la production d’électricité dépasse la consommation d’électricité du site). Notons également que les initiatives de captage et stockage du CO2 ne bénéficieront pas de distribution de quotas gratuits. Toujours dans le cadre de ces directives, les États sont aussi incités à consacrer 50 % des revenus au financement des politiques climatiques et aux énergies renouvelables. Le développement de ces politiques publiques incitatives pour limiter les émissions de gaz à effet de serre a été identifié2 comme un des principaux éléments susceptibles de concourir au développement des énergies renouvelables. La phase III de l’EU ETS continue à accentuer la pression sur le secteur de la production électrique et contribuera certainement à la baisse du facteur carbone de l’électricité européenne.
En 2009, le facteur carbone des principaux producteurs européens d’électricité a diminué
En 2009, le facteur carbone des principaux producteurs européens d’électricité a continué à décroître, comme il l’avait déjà fait en 2008. Une tendance se dessine puisque pour la première fois depuis 2001, deux années consécutives présentent la même évolution. Le facteur carbone tombe à son niveau le plus bas depuis 2001. Ceci s’explique principalement par l’évolution simultanée du mix électrique de plusieurs électriciens européens, qui ont diminué en 2009 le recours au charbon au profit du gaz naturel et des énergies renouvelables, nettement moins émettrices en CO2.
En 2009, le recours aux énergies renouvelable a cru parmi les producteurs européens d’électricité
Les énergies renouvelables ont contribué à la diminution du facteur carbone en 2009 et sont en train de s’imposer comme un relais de décroissance du facteur carbone de l’électricité européenne. L’éolien et le photovoltaïque ont représenté en 2009 deux des principales sources d’énergie utilisées pour l’installation de nouvelles capacités de production électrique en Europe. En l’espace de deux ans, la France a vu son parc éolien progressé de 85 % et le recours à l'énergie photovoltaïque multiplié par sept.
La production d’électricité à partir d’énergies renouvelables a augmenté de près de 7 % parmi les 18 plus gros producteurs d’électricité (23 TWh supplémentaires en 2009, de 339 à 362 TWh). Cette hausse constatée de production provient essentiellement de facteurs structurels, notamment les mises en services de nouvelles installations de production à partir d’énergies renouvelables.
En effet, principale source d’énergie renouvelable (11,6 % de la quantité totale d’électricité produite en 2009), l’énergie hydraulique ne semble pas avoir bénéficié d’une météorologie favorable à une hausse de sa production par rapport à l’année dernière. Les taux de remplissage des réserves hydrauliques en 2009 en Europe reste en dessous des moyennes de la décennie. Ceci est expliqué par un niveau de précipitation extrêmement faible dans les pays nordiques. En 2009, le niveau de remplissage des barrages se retrouve encore plus bas qu’en 2008.
En Europe, en 2009, la production d’électricité comporte 17,8 % d’énergie renouvelable. On note une progression notable par rapport à 2008 (qui affichait un ratio de 15,7 %) avec 22,7 TWh d’énergie renouvelable supplémentaires produits en 2009. On a ainsi assisté en 2009 à une accélération vers le recours aux énergies renouvelables.
Relation entre facteur carbone et production d’énergie renouvelable
Nous constatons une corrélation importante entre les deux critères : les entreprises bénéficiant d’un recours significatif à l’énergie renouvelable présentent en général un facteur carbone plus faible. La majorité des entreprises analysées présentent, entre 2008 et 2009, une augmentation de leur ratio d’énergie renouvelable comprise entre 3 % et 50 % couplée à une diminution de leur facteur carbone allant jusqu’à -8 %.
Sur un plan théorique, les énergies renouvelables demeurent incontestablement un levier de décroissance du facteur carbone. Cependant, même si une tendance se dessine, la corrélation entre la réduction du facteur carbone et l’augmentation de la part des énergies renouvelables n’est actuellement pas systématique, le recours accru à l’énergie nucléaire, la substitution du charbon par le gaz (accélérée par une chute du prix du gaz en 2009), l’amélioration de l’efficacité énergétique concourant également à la baisse du facteur carbone. Certaines entreprises du panel affichent en effet un ratio évoluant vers les énergies renouvelables alors que leur facteur carbone croît également. Inversement, la hausse de la part non renouvelable de la production de certaines sociétés n’entraîne pas de hausse de leur facteur carbone.
En 2050, une production d’électricité totalement renouvelable en Europe ?
PwC a rédigé en 2010 une étude en collaboration avec notamment l'European Climate Forum et l’Institut de Postdam visant à examiner les opportunités liées au développement du secteur de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. Les principaux enseignements de cette étude sont développés ci-dessous, accompagnés d’une lecture à plus court terme de la situation européenne relative aux énergies renouvelables.
Résumé de la situation européenne en 2010
• Le système énergétique est dominé en Europe par les énergies fossiles (55 %) et le nucléaire (30 %).
• La plus grande part d’électricité renouvelable provient de centrales hydroélectriques vétustes. L’extension de la production à partir d’énergie renouvelable des 10 dernières années s’est appuyée sur l’éolien offshore et la biomasse et s’est concentrée sur l’Europe
• des 15.
• Le réseau européen est découpé en 5 blocs asynchrones avec peu d’interconnexions CAHT*.
• Le marché est fragmenté, essentiellement à dominante nationale, et dominé par des sociétés de taille importante. Le marché nordique demeure l’unique marché international.
• L’évaluation monétaire au niveau des échanges internationaux est basée sur des coûts marginaux.
• La plupart des pays sont auto-suffisants en matière d’électricité, mais restent dépendants des imports de combustibles (moins de la moitié de l’approvisionnement est assuré par la production domestique)
• Les politiques publiques en matière de promotion des énergies renouvelables sont essentiellement nationales, plutôt qu’européennes. Avec le Traité de Lisbonne, le marché des quotas CO2 et la directive cadre Energies renouvelables, la dimension européenne monte en puissance mais leur impact est encore difficile à appréhender. Les systèmes ainsi que les instruments d’implémentation incitatifs s’appliquent encore au niveau national.
• L’énergie renouvelable est toujours plus chère que l’énergie fossile, à l’exception des sites éoliens les plus performants. Ceci est en partie lié aux subventions explicites et implicites en faveur des énergies fossiles et nucléaires (cf. figure ci-contre).
• Une industrie des énergies renouvelables émerge en Europe, prenant rapidement de l’importance en tant qu’employeur.
Vision pour 2050
• Le système énergétique est 100 % renouvelable
• Des interconnexions CAHT et CCHT renforcent l’intelligence du réseau européen. La relation entre l’offre et la demande entre les producteurs et les consommateurs d’électricité est optimisée par des Smart Grids
• Le mix de production est géographiquement optimisé : éolien dans la région venteuse de la Mer du Nord, solaire dans les pays du Sud du continent, biomasse et éolien dans les régions de la Mer Baltique et de l’Europe de l’Est, hydraulique dans les régions montagneuses scandinaves et les Alpes.
• Le marché européen est unifié, grâce à la fusion graduelle des entités régionales.
• L’ensemble des technologies liées aux énergies renouvelables ont amélioré leur rendement tout en bénéficiant de réductions financières dans le capital et les coûts opérationnels. La chaîne d’approvisionnement est un marché mature et hautement générateur d’emploi.
• L’électricité est abordable pour chacun des pays européens.
• Le marché des quotas et le prix du carbone ont joué un rôle essentiel pour le développement des énergies renouvelables.
La vision 2050 nécessite un progrès simultané et continu sur plusieurs fronts : finance, technologie, R&D, développement d’une chaîne d’approvisionnement adéquate, etc.
Politique : les directives actuelles doivent être le fondement d’une politique Européenne plus ambitieuse en termes de réductions d’émissions, avec notamment l’incorporation de directives sanctionnant les mises en services de centrales à énergie fossile.
Investissements : une meilleure information sur les projets, un engagement avec les industries des énergies renouvelables et des améliorations technologiques donneront de la crédibilité aux projets basés sur les énergies renouvelables.
Structure du marché : L’unification est une condition structurelle importante pour atteindre les objectifs 2050. Les infrastructures de transmission longues distances notamment avec le marché Nord Africain seront encouragées.
L’Europe fixe 2020 comme point d’étape
Les États Membres ont soumis à la Commission Européenne en juin 2010 leur plan d’action national sur les énergies renouvelables, feuille de route ciblant 20 % d’énergie renouvelable dans le bouquet énergétique européen en 2020. En parallèle, à travers son projet REPAP 2020 – Renewable Energy Policy Action Paving the way towards 2020, la Commission Européenne invite d’autres parties prenantes comme les industries des énergies renouvelables et les ONG à proposer leur propre vision sur ce sujet.
Les premières analyses constatent un optimisme de la plupart des Etats Membres sur leur capacité à atteindre l’objectif assigné dans le cadre du paquet énergie et climat. Leurs prévisions pronostiquent un surplus net, non seulement sur l’objectif final avec une consommation d’énergies renouvelables atteignant 20,3 % en 2020, mais aussi tout au long de la période 2010-2020
L’European Renewable Energy Council présente dans son rapport « 20% by 2020 » les projections à réaliser afin d’atteindre les 20 % d’énergies renouvelables : supposant que l’EU remplirait son contrat, un ratio entre 33 et 40 % du total de l’énergie renouvelable dans la production d’électricité doit être envisagé.
Cette cible 2020 est au-dessus des objectifs de nombreux pays. PwC nous rappelle dans son étude The China Greentech Report 2009, que la Chine vise une part de 20% d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables en 2020 (avec notamment une capacité de production de 300 GW pour l’hydroélectricité, 100 GW pour l’éolien et 20 GW pour le photovoltaïque.
En 2008 l’énergie éolienne a été la deuxième source d’énergie en termes de nouvelles capacités installées, après le gaz (avec 6,9 GW, contre 8,5 GW pour le gaz). En 2009, selon le Centre commun de recherche (CCR) de la Commission Européenne14, 62 % (17 GW) de la capacité de production d'électricité nouvellement installée en Europe serait dédiée aux énergies renouvelables. Cette nouvelle capacité renouvelable est tournée vers l'énergie éolienne, représentant, avec 10,2 GW sur 27,5 GW, 38 % de ces nouveaux moyens de production. Le rythme actuel de croissance mènerait à 35 et 40 % de la consommation totale d'électricité de l'Union Européenne à l’horizon 2020, soit une contribution massive à l’atteinte de l’objectif des 20 % fixé pour la production d'énergie issue de sources renouvelables
Levier de déploiement des énergies renouvelables : le renouvellement du parc vieillissant sur la prochaine décennie
La hausse de la contribution des énergies renouvelables à la production d’électricité en Europe s’est élevée de seulement deux points entre 2000 et 2007 pour les 18 plus gros producteurs électriques européens. Le recours aux énergies renouvelables semble pourtant s’amplifier depuis 2008 pour ce qui concerne la production d’électricité, puisque après une hausse de 2 points sur la même période, la tendance s’accélère avec un gain similaire en une seule année. Néanmoins cette accélération vers le renouvelable n’est pas encore démontrée sur le moyen terme. Avec un âge moyen de 40 ans pour une installation, et étant donnée la vétusté des installations au charbon notamment, la montée en puissance des énergies renouvelables sur le moyen terme dépendra, pour une grande part, du renouvellement de nombreuses centrales européennes prévue pour la prochaine décennie.
Le déploiement massif des énergies renouvelables dans le secteur de la production énergétique ne se fera pas sans une politique européenne incitative. La prochaine décennie sera décisive : les différentes sources renouvelables auront besoin d’un important support public notamment dans le domaine de la R&D et d’un accès au réseau pertinent permettant d’absorber les TWh d’électricité d’origine renouvelable.
2 janvier 2011
événements Ateliers de la Terre
08 juin 2012
8-9 juin - Colloque "Histoire culturelle et philosophique des 4 éléments"
Ecole Nationale de Chartres
24 septembre 2012
24-26 septembre 2012 - GLOBAL CONFERENCE
Evian - France