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Parler de ville intelligente fait souvent référence aux nouvelles technologies, mais la vraie ville intelligente sera la ville sociale, celle qui par un projet de société se met au service de ses habitants, y compris en développant de nouvelles solutions grâce aux NTIC par exemple. Mais avant tout, c’est le projet social, voire politique, qui définira la ville intelligente.
Au delà de ses infrastructures physiques et de sa localisation géographique, la caractéristique la plus évidente d’une ville est sa population. Et dans toutes les villes il existe des forces importantes qui façonnent le futur de leurs habitants. La population vieillissante dans de nombreuses parties du monde créée peu à peu une pression démographique croissante, ainsi que des défis économiques complexes auxquels les dirigeants des villes devront faire face. Les communautés deviennent plus fragmentées dans la mesure où l’individualisme et le consumérisme s’imposent chaque jour davantage comme mode de comportement dominant. Face aux influences toujours plus globales qui déterminent la façon dont les populations vivent et travaillent, les villes doivent trouver les moyens de comprendre et de réagir aux besoins et aux préférences de leurs citoyens dans des circonstances changeant perpétuellement et de plus en plus rapidement.
Les changements se produisent plus rapidement que jamais auparavant, et la technologie est maintenant l’un des plus puissants conducteurs de ces changements. Les villes doivent apprendre comment embrasser les possibilités offertes par les nouvelles technologies pour créer des communautés prospères au sein desquelles l’emploi peut se développer et les citoyens peuvent utiliser les opportunités d’interaction et de dialogue avec leur ville et ses représentants. Dans le même temps les villes doivent faire attention de ne laisser personne en arrière – La fracture numérique peut être invisible, mais crée des problèmes potentiellement lourds si les villes ne sont pas capables de prendre la mesure des différences entre les « riches » et les « pauvres » du numérique.
Plus de personnes que jamais auparavant vivent en ville actuellement. L’urbanisation accrue, et la réhabilitation de zones urbaines jusque là abandonnées, sont porteuses d’opportunités importantes, mais également de défis.
Les défis : Au niveau global, et local
Bien qu’a priori très centrées sur le local, aucune grande ville n’est à l’abri des défis engendrés par la mondialisation. La concurrence entre les villes est intense. Et les questions de qualité de vie, de dynamisme économique, culturel, social sont au centre des défis et attentes des citoyens. La prise en compte de l’environnement et de la sécurité s’ajoutent à ses préoccupations de plus en plus fortement et cela quelques soient les zones du monde concernées, de l’Asie à l’Amérique du sud.
L’approche des citoyens face aux services de la ville évolue significativement. Ils sont de plus en plus dans une logique client ou consommateur vis-à-vis des services de la ville. Aujourd’hui on observe une évolution de la ville de son rôle de fournisseur de services vers un nouveau rôle d’acteur facilitant la collaboration et les partenariats requis pour délivrer les services.
Les villes doivent faire face à une plus grade diversité de population, et doivent donc développer de nouveaux moyens d’intégration de groupes de personnes toujours plus variés.
Dans le même temps, les taux de participation aux élections municipales sont faibles et traduisent le manque d’intérêt des citoyens ou le manque de confiance pour les propositions des élus.
A la lumière de ces défis les villes ont besoin d’une nouvelle donne politique, sociale, économique et environnementale. Leurs organisations doivent s’adapter aux nouvelles attentes et un des principaux défis consistera à avoir la capacité à créer du lien entre les habitants et entre les habitants et les pouvoirs publics. C’est ce à quoi la ville intelligente devra répondre.
La gestion des capitaux
Une ville est dépositaire d’un certains nombre de capitaux et c’est la gestion stratégique et harmonieuse du développement de ces capitaux qui est la seule garante de la capacité d’une agglomération à se développer durable dans l’intérêt de ses habitants. On peut distinguer les catégories suivantes :
- Capital intellectuel et capital social
- Capital démocratique
- Capital culturel et lié aux loisirs
- Capital environnemental et technique
- Capital financier
Bien que chacun de ces types de capitaux requiert des connaissances et des techniques spécifiques afin de les développer de façon effective, il existe cependant des principes de gestion clairs et transversaux. Cela implique d’avoir une vision claire des personnes, de la propriété, et des processus dans le cadre d’une gouvernance municipale saine et d’une gestion du risque solide. Et sans dispositif encourageant la participation des citoyens aux modes de gouvernance cette gestion n’est pas possible ou du moins pas durable.
1- Capital intellectuel et capital social
C’est un des domaines où les nouvelles technologies peuvent beaucoup apporter, en particulier dans le partage de la connaissance, dans la co-création, la démocratie participative et la connaissance de l’autre. Les dirigeants des villes ont besoin de participer et d’interagir directement avec la source de leur future richesse intellectuelle et créative, et d’agir en tant que facilitateurs du contenu que la nouvelle économie basée sur l’expérience et la connaissance exige.
La force d’une ville réside largement dans ses populations. Le succès d’une vision prospective repose sur l’implication de tous les citoyens qui doivent comprendre, agir et proposer leur place dans un futur citadin. De meilleurs forums pour interagir et échanger des idées et des visions sont nécessaires. Un sens de la propriété et de l’inclusion sociale peut être développé encourageant les initiatives locales, entre voisins, qui mettent en avant les réalisations et bonnes pratiques de certains. La recherche de bons exemples doit être réalisée aussi largement que possible et les dirigeants des villes créer les opportunités de partager leurs expériences et d’apprendre des bonnes pratiques de leurs pairs à travers le monde.
2-Capital démocratique
La gestion du capital démocratique se heurte à un problème commun que rencontrent toutes les villes : le manque de participation citoyenne dans les processus de prise de décision, au travers des mécanismes politiques formels comme informels. Là encore, ce ne sont pas les nouvelles technologies qui doivent apporter la solution, mais elles peuvent la soutenir notamment en en rendant la structure gouvernante plus transparente et plus en prise avec les électeurs. De nombreuses méthodes comme par exemple les forums en ligne jusqu’aux votes par messages SMS, peuvent rapprocher les citoyens des processus politiques. Comprendre les besoins des différentes parties prenantes de la ville et forger des partenariats avec elles est une étape importante vers le développement d’une fierté civique parmi tous les citoyens et contribue largement au développement de ce capital sans lequel la cité telle que nous la connaissons n’est pas viable.
3-Capital culturel et lié aux loisirs
La culture est probablement un des principaux constituants de l’ADN d’une ville. Car elle fait le lien entre son histoire, à travers le patrimoine, et son futur au travers de la création artistique et des projets culturels. Tout en étant très ancré dans le présent, car par la culture on offre aux habitants des villes de toutes tailles une fenêtre originale et enrichissante dans une palette de possibilités extrêmement riche (musique, peinture, image, sculpture, …).
C’est par la culture que la « marque » d’une ville peut gagner en épaisseur. C’est par ce biais qu’une ville peut prétendre être quelque chose, incarner une façon d’être. Dans son programme culture et loisir une ville donne d’une certaine façon sa photo d’identité intérieure, une vision de son « cerveau ».
Attirer le bon mélange d’évènements sportifs, culturels, politiques et liés aux affaires peut également agir comme une plate-forme pour mettre en valeur la marque de la ville et la promouvoir auprès d’une large audience. Les villes ont besoin de reconnaitre la diversité du capital culturel qui accompagne le spectre toujours plus large des populations que l’immigration local et internationale introduit. Les immigrants ont besoin de se sentir bienvenus et « chez eux » afin de s’assurer que la ville peut bénéficier de la richesse d’expérience et de l’innovation qu’ils représentent. Par ce biais, la culture peut être un puissant facteur d’intégration en faisant la place à toutes les diversités de ses citoyens et en acceptant toutes les manifestations culturelles permettant à chacun de sentir dans sa ville.
4- Capital environnemental et technique
Parler d’un futur pour une ville c’est prendre en compte le plus tôt possible les enjeux techniques et environnementaux liés à ses infrastructures tant lors de leur conception, leur construction, leur vie et leur fin de vie. Car de ces infrastructures et de leur vie dépendent les besoins en eau, énergie, transport, gestion des déchets, … de la ville et de son futur. Toute inadéquation à un point du cycle de vie sera critique pour le développement de la ville. C’est à la fois un facteur valorisant potentiel, mais aussi un risque fort de détruire toutes les autres formes de capitaux évoqués. Quoi de moins crédible que de parler d’un développement économique dynamique dans une ville ne pouvant plus garantir à ses habitants une eau de qualité ou un traitement des déchets performant ?
Dans ce domaine aussi les approches participatives sont essentielles. Car si l’on peut comprendre facilement que la ville a « les pleins pouvoirs » pour les phases de conception et de construction, la phase de vie dépendra très souvent majoritairement de ce que les utilisateurs des infrastructures en feront. On connaît aujourd’hui nombre de bâtiments HQE dont l’exploitation au quotidien donne des résultats catastrophique en termes environnementaux.
De la même façon, sur les sujets techniques et technologiques la ville a un rôle à jouer en innovant sur les façons fournir des services intégrant le e-gouvernement. Les structures gouvernantes des villes doivent commencer à prendre en compte les technologies de communication et de e-gouvernement à tous les niveaux : de gouvernement à gouvernement (G2G), de gouvernement à citoyens (G2C), et de gouvernement au business (G2B).
5- Capital financier
Tous les gouvernements font face au défi qui consiste à faire plus avec moins. La pression fiscale qui devra aller en augmentant ne pourra durablement constituer la seule option des villes pour assurer le développement de leur capital financier. Des approches innovantes au travers de partenariats de type public-privé mais plus innovants public – citoyens seront des moyens de diversifier les sources de revenus potentielles.
Au-delà des travaux sur les sources de revenus, la gestion quotidienne financière des villes devra se professionnaliser à l’instar de ce que pratique la sphère privée mais dans une logique de sécurisation des moyens et jamais dans une logique de bénéfice économique. Le vrai dividende de la ville est social et humain. Sa gestion du capital financier peut s’appuyer sur des méthodes modernes et performantes mais dans un objectif de support aux autres capitaux et donc de soutien à la politique globale portée par les élus, qui ne peut être une politique de profit économique. Ce qui n’est pas opposé à une approche de prudence économique et de lutte contre le surendettement.
Un plan, avec des objectifs clairement délimités, les tâches et les activités requises pour les atteindre est essentiel, ainsi que la communication du plan dans un langage facilement compréhensible. Là aussi, l’enjeu de la transparence est majeur si l’on veut être cohérent et conserver la confiance de ses habitants. Rendre des comptes suppose une modernité politique peu souvent pratiquée, alors que les solutions technologiques existent pour le faire simplement. Mais une fois de plus, la technologie ne propose que des solutions, ce n’est pas elle qui prend la décision de la transparence, c’est l’élu.
La ville intelligente ne sera pas ou ne devra pas être la ville seulement numérique. La ville intelligente utilisera des solutions technologiques innovantes, mais elle sera surtout une ville qui aura su innover dans son fonctionnement politique et démocratique et qui saura gérer et développer ses principaux capitaux dans une logique cohérente, équilibrée et harmonieuse.
1 décembre 2010
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