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Atelier du 8 décembre 2007
Louis Albert de Broglie, Président Directeur Général, Deyrolle
Richard Collin, Directeur de la Chaire d'intelligence collaborative de Grenoble et de Nexmodernity
Michel Giran, Président d’Ecobase 21
Anne Sophie Novel, Fondatrice d’Ecolo-Info, Prix TIC 21 de l’Innovation Durable 2007
Modérateur :
Gilles Berhault, Président d’ACIDD et TIC21
Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication :
que pouvons-nous en attendre?
Ce débat, qui entendait à l’origine faire participer quatre acteurs, a fait réagir la salle à de nombreuses reprises, signe, on le verra, que le sujet n’a pas finit de faire couler de l’encre !
Gilles Berhault, Président d’ACIDD et de TIC 21, tient tout d’abord à souligner l’impact positif que peuvent avoir les NTIC sur nos modes de vie. Elles permettent en effet de gérer efficacement et rationnellement des pans entiers de la sphère économique : le bâtiment, les transports sont de ceux-là. Un utilisateur de GPS par exemple réduit son trajet de 10 % en moyenne : c’est autant d’essence d’économisée ! A ses yeux, la prochaine révolution technologique sera celle des nanotechnologies et des technologies vertes, qui représentent des secteurs stratégiques de la recherche.
Bettina Laville souligne le succès rencontré par la consultation Internet ouverte par le Ministère de l’Ecologie à l’ensemble des citoyens à l’occasion du Grenelle de l’Environnement. Le public s’est fortement mobilisés et parmi les sujets de discussion, on a recensé dix fois plus de visites sur le thème des nouvelles technologies que sur celui du tabac.
L’organisation de la consultation s’est faite en reprenant les six groupes de travail du Grenelle. Et c’est celui sur le climat qui a suscité le plus de réactions. La raison ? La forte médiatisation dont il bénéficie depuis quelque temps déjà.
Ce type d’initiative favorise des témoignages très concrets, qui touchent au quotidien. C’est le « moi je par exemple » qui prédomine, sans apporter toujours de valeur ajoutée au débat. Et c’est bien normal, à l’heure où quiconque, quelles que soient ses compétences, peut légitimement intervenir sur un sujet qui le préoccupe.
Pour Michel Giran, Président d’Ecobase 21, les outils NTIC permettent en effet de faciliter la mise en relation des intervenants, des thèmes. Mais si les outils technologiques permettent de gérer de mieux en mieux la complexité des informations et leurs échanges, c’est notre capacité à participer à cet échange qui pose aujourd’hui problème. Certes les outils sont fantastiques – certains permettent par exemple de rationaliser la collecte et le tri de ces déchets – mais les hommes ont désormais du mal à les appréhender, à les maîtriser. Face à cet enjeu, Michel Giran a décidé de ne pas faire ce qui existe déjà. Il n’y a aucun intérêt à répéter ce qui se fait mieux ailleurs, et à encombrer ainsi les systèmes. D’autre part, il faut parvenir à relier les informations existantes dans une même « toile de sens », selon ses propres termes. Les informations existent, aucun doute là-dessus ; il faut maintenant créer une structure autour d’elles, afin qu’elles gagnent en sens. Ainsi, une nouvelle version d’Ecobase 21 est en cours d’élaboration : elle regrouperait pas moins de 100 000 liens, entre 2 000 et 3 000 PDF et environ 4 000 bonnes pratiques. De même, le Web 2.0 facilite la collaboration et le partage entre internautes. Enfin, le Web sémantique permet aujourd’hui de distiller de l’intelligence humaine dans les logiciels de traitement des données. Ces outils distinguent en effet des liens logiques entre des termes appartenant au même domaine de connaissances et en dégagent des résultats de recherche très pertinents. Il existe également des ressources linguistiques, permettant notamment de se pencher sur des recherches dans les 18 langues de l’Union Européenne.
Dans ce même esprit, Anne-Sophie Novel, fondatrice d’Ecolo-Info - prix TIC 21 de l’Innovation Durable 2007 – met à la disposition d’un public qu’elle souhaite le plus large possible une information de qualité sur l’environnement, l’écologie et le développement durable. Sa barre d’outil trie l’information, référence différents sites et rend compte d’une grande diversité d’opinions, dans le but, finalement, de pousser au débat entre internautes ! Car pour cette créatrice, c’est bien là l’immense avantage du Web : il permet de créer du réseau, d’être actif derrière son écran. Les Français sont les premiers blogueurs d’Europe (7 % des internautes français ont un blog)! Pour Gilles Bérhault également, ce temps passé devant un écran - second en importance derrière…le sommeil – doit donner plus de libertés. Michel Giran illustre cette idée en évoquant un jeu, SOS 21, qui suggère à ses joueurs de se rencontrer « pour de vrai » et d’inclure cette étape dans le jeu virtuel. Le serpent se mord la queue !
Même sur un support virtuel, l’émotion peut être réelle, et c’est bien elle, selon Louis Albert de Broglie, qui permet de capter l’attention des gens et de leur faire prendre conscience du danger. Convaincu qu’« un tableau vaut mieux qu’un long discours », son entreprise, Deyrolle, crée des planches thématiques sur le développement durable avec l’aide d’un comité scientifique, et les rend, c’est le maître mot, pédagogiques. On peut ainsi acheter des planches existantes, ou bien commander des exemplaires faits « sur mesure ». Cette nouvelle génération de tableaux interactifs reliés à Internet peuvent être achetés par une école, une partie du contenu étant gratuit. Le net est pour lui un outil très puissant d’accès à l’info, mais aussi un excellent moyen de fixer l’attention.
Dans la salle, Dominique Martin Ferrari, Directrice Générale de Gaïa Network, relance le débat, en s’interrogeant : les blogueurs se soucient-ils des outils qu’ils utilisent, des informations qu’ils reçoivent ? Anne-Sophie Novel est formelle sur ce sujet : bien sûr, il existe des pensées en vrac, mais elles côtoient aussi des questionnements, des propos structurés. Le site de Thierry Crouzet traite directement de ces questions et s’interroge en particuliers sur le monde des blogs.
Encore une fois, le débat rebondit dans la salle. On voudrait savoir ce qu’il en est du développement durable chez les jeunes. Sur ce point, Bettina Laville a regretté que ce sujet n’ait pas été suffisamment abordé lors du Grenelle. Il était en effet inclus dans la problématique plus générale de la gouvernance, et n’a donc pas bénéficié d’une couverture ni d’une visibilité spécifique. Si la première vraie politique ressentie dans les collèges et les lycées date d’il y a cinq ans, il demeure encore des blocages, alors que les inspecteurs généraux tendent à ne s’occuper que de la stricte élaboration des programmes. Or, il faut d’abord former les enseignants avant de songer à former les élèves. Ce sur quoi Jean-Baptiste François, journaliste à Phosphore, répond qu’il est impossible de faire une discipline de tout, et qu’il faudrait pouvoir, pour convaincre les jeunes, partir du concret. Mais Bettina Laville considère que l’enseignement théorique est indispensable, et que la pratique ne dispense pas des cours proprement dits. C’est pourquoi se mettent progressivement en place dans les lycées des Agendas 21 afin que soient réunies sur un même projet appréhension, compréhension, et réalisations.
Pour Bruno Rebelle, le développement durable doit être une façon de penser, pas une discipline. Plutôt que de créer un professorat du développement durable, il suggère de renforcer l’interconnexion des informations pour relier entre eux les enjeux de l’économie, de l’environnement et de la gouvernance.
Bettina Laville le rejoint, mais continue d’affirmer qu’il faut imposer des évolutions à l’éducation nationale pour avancer sur ce thème de la jeunesse. Elle s’interroge sur la force des actions menées : certes, le marché du carbone existe, certes des conférences internationales se tiennent régulièrement sur le sujet, mais que se passe-t-il réellement sur le terrain ? Le retard pris sur les dégradations environnementales sera-t-il un jour rattrapé ? Cette question, elle le conçoit, dépasse le strict cadre du débat, mais qu’importe. Il est vital d’y répondre.
Mise en Perspective
La place accordée aux NTIC dans nos sociétés soulève aujourd’hui des questions essentielles : quel rôle entendons-nous jouer, à l’heure où les blogs, le Web 2.0, le wiki et une foultitude d’autres outils nous permettent, chaque jour un peu plus, de nous exprimer, d’agir ? Quelle information est transmise à la jeunesse ? Et plus généralement, quel sens donner au développement durable ? Celui d’une discipline à part entière, ou bien celui d’une grille de lecture à travers laquelle tous les sujets devraient être traités ?
À mesure que les NTIC s’immiscent dans la sphère publique, le politique lui-même ne peut plus les ignorer. Elles se font referendum de tous les jours et l’on ne compte plus, sur les sites officiels de l’Etat, les consultations qui invitent les citoyens à se prononcer sur les thématiques du moment. Quelle importance leur accorder ?
Les questions ne manquent pas. Les idées non plus. Car le secteur des nouvelles technologies est florissant, et constitue le lieu d’expression d’une créativité rare, au service – pour ce qui nous concerne – du développement durable. Les initiatives sont nombreuses dans ce domaine, et c’est bien l’une de ses forces : ne nécessitant que peu de moyens financiers, chacun de nous peut se faire entrepreneur. C’est ce qui s’est passé pour les deux jeunes créateurs du site VeoSearch. VeoSearch est un multimoteur de recherche solidaire dont le principe est le suivant : 50 % des revenus publicitaires générés par les recherches de l’utilisateur sont reversés aux projets de développement durable des associations de son choix.
À mesure que les NTIC s’immiscent dans la sphère publique, le politique lui-même ne peut plus les ignorer. Elles se font referendum de tous les jours et l’on ne compte plus, sur les sites officiels de l’Etat, les consultations qui invitent les citoyens à se prononcer sur les thématiques du moment.
Mais une question, pourtant fondamentale demeure : quel crédit accorder à des informations qui, venues de toutes parts, ne sont vérifiées par personne ? Car dans le domaine du développement durable, qui ne relève pas du seul bon sens mais aussi de compétences, d’expériences, d’expertise, le sérieux, ou bien au contraire le caractère fantasmatique des propos doivent être connus avec précision. On sait trop la force des idées reçues et souvent leur caractère radicalement faux pour ne pas manifester quelque inquiétude à voir la toile investie de mille conseils et recommandations dont on ignore tout de la validité. Et si, sous prétexte du droit de chacun à la parole, on faisait finalement de tous de potentiels imposteurs ?...
Si les nouvelles technologies sont le reflet d’une évolution structurelle de la société, elles ne doivent pourtant pas faire en oublier les impacts qu’elles ont, elles aussi, sur l’environnement. On s’imagine en effet qu’elles constituent le mode de communication écologique par excellence, en minorant par exemple la nécessité de se déplacer, mais il n’en est rien ! Leur cycle de vie se veut plus complexe, et engendre des conséquences auxquelles il est surprenant de penser. Tout d’abord, les terminaux et équipement électroniques sont de grands consommateurs d’énergie. Sans cesse branchés, on estime leur consommation annuelle à l’équivalent de la production d’une centrale nucléaire pendant…deux mois et demi ! L’énergie nécessaire à leur refroidissement est également à prendre en compte. D’autre part, une fois hors d’usage, leur recyclage s’avère très délicat. Leurs fabricants sont régulièrement montrés du doigt pour utiliser des matériaux particulièrement toxiques : Apple a longtemps mis de l’arsenic dans ses écrans d’ordinateurs… En réaction, une législation abondante a vu le jour afin de lutter contre ses dérives. En Europe, c’est la directive DEEE (Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques) qui impose des normes précises en matière d’élimination ou de valorisation des déchets. Aux Etats-Unis, c’est la loi RoHS (Restriction of the use of certain Hazardous Substances) qui veille à ce que certaines substances dangereuses soient retirées du processus de fabrication des équipements électriques et électroniques. Face à ces réglementations de plus en plus exigeantes, certaines entreprises voient l’occasion de se démarquer, en affichant une démarche vertueuse. C’est le cas d’IBM, qui est parvenue, dans un centre pilote de Californie, à réduire de 80% sa consommation d’électricité. La firme a en outre investi plus d’un milliard de dollars dans un projet, dénommé Project Big Green, destiné à réduire de manière drastique la facture énergétique de ses salles de serveurs.
S’il fallait une preuve que l’innovation trouve partout sa place, la voilà.
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